mardi 20 octobre 2009

* Liberté de la presse : la France s'enfonce encore (et toujours...)

Le classement 2009 de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) est tombé. Et la France avec, au 43ème rang sur 175 pays classés. Entre le Surinam et Cap vert. En 2002, elle occupait la 11ème place...

Classement RSF 2009 sur la liberté de la presse

13 pays européens dominent le classement, mais "il est inquiétant de constater que des démocraties européennes comme la France, l'Italie ou la Slovaquie continuent, année après année, de perdre des places dans le classement [...] Comment dénoncer les violations commises dans le monde si l'on n'est pas irréprochable sur son territoire ?" a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF.

"L'effet Obama", marqué par une attitude "moins belliqueuse" qu'auparavant de l'administration US à l'égard de la presse, a permis aux États-Unis de regagner 20 places, désormais classés vingtièmes. L'opération "plomb durci" contre Gaza a aussi eu des répercutions sur la presse israélienne (93e) qui perd 47 places et son statut de premier pays du Moyen-Orient, débordée par le Koweït (60e) et les Emirats arabes unis (86e). En bas de classement, l'Iran et la Birmanie se rapprochent du "trio infernal", constitué depuis des années par le Turkménistan, la Corée du Nord et l'Érythrée. La Chine est 168ème.

La France, l'Italie et l'Espagne distancés par le Mali, le Ghana, Trinidad et Tobago...

En Europe, RSF note que "la France (43e), la Slovaquie (44e) ou l'Italie (49e) continuent leur descente", se faisant maintenant distancer par de jeunes démocraties africaines (Mali, Afrique du Sud, Ghana) ou latino-américaines (Uruguay, Trinidad et Tobago). "Des journalistes sont encore menacés physiquement, en Italie, en Espagne, mais aussi dans les Balkans, notamment en Croatie (78e)" a affirmé Jean-François Julliard, qui s'inquiète en outre de l'apparition de nouvelles législations remettant en cause le travail des journalistes. Notamment en Slovaquie, où une loi a introduit un "droit de réponse automatique" du gouvernement et accru l'influence du ministre de la Culture dans les publications.


La France largement critiquée

En France, RSF critique toujours les "mises en examen, placements en garde-à-vue et perquisitions dans les médias", ainsi que "l’ingérence des autorités politiques, notamment du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy", et... Hadopi ! "La protection du secret des sources n'est toujours pas garantie au pays des droits de l'homme" indiquait le rapport 2008. Situation qui n'a pas évolué depuis. Cette année, l'association a aussi largement critiqué la loi HADOPI 2, "un nouveau texte présenté quelques jours seulement après la censure des Sages, des débats dans l'urgence, une procédure accélérée : tout est fait pour que les députés n'aient pas le temps de réfléchir et débattre d'un projet qui présente des risques pour le droit d'accès à Internet, pourtant reconnu comme droit fondamental par le Parlement européen".

HADOPI, pas mieux que la censure au XIXème siècle...

RSF, le 14 septembre 2009, avait vertement critiqué le fait que les choix des techniques de filtrage étaient laissées à la charge de l'opérateur privé mettant en oeuvre les plateformes prévues par l'Hadopi. L'Association s'était aussi inquiété de la non communication des informations mettant en cause les internautes, ce qui rappelle "les méthodes de censure antérieures à la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse". Par ailleurs, le simple fait de se connecter à une plateforme illégale étant puni, même sans preuve de téléchargement, RSF avait alors dénoncé un retour à la "censure du XIXe siècle où le régime préventif limitait la liberté d'expression avant même qu'elle ne soit exercée".

Rebuts de presse

Enfin, "la sanction prévue pour l'internaute coupable est manifestement disproportionnée et remet considérablement en cause la liberté d'expression [...] En effet, a-t-on jamais vu quelqu'un, condamné pour diffamation via la presse écrite, contraint de ne plus acheter de journaux, à ne plus en lire, et à ne plus s'exprimer par voie de presse écrite pendant un an ? Un abus de la liberté d'expression n'est pas sanctionné, en droit, par l'interdiction de cette liberté pour le coupable. Pourquoi le serait-elle pour Internet ?" concluait alors RSF...

Mais finalement... quand un Etat autorise ses services secrets à se cacher derrière des cartes de journalistes, et quand son président, repris en choeur par les membres de son parti, affirme que "la presse s'attribue la fonction d'opposition"... peut-on vraiment attendre mieux ?


1 commentaire:

anick roschi a dit…

La liberté de presse constamment menacée dans le monde…

FREEDOM FOR PRESS :

http://video.moncinema.ch/video/iLyROoafM5Tx.html


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Hommage à Anna Politkovskaïa :


Colombe

Dans un désert avare
D’humanité
Le regard
D’une colombe s’est posé
Où les loups, têtes basses,
Ne se lassent
De hurler,

Dans un désert empoisonné
Avare de vérité
Une colombe, ce soir, est tombée.

Anick Roschi 7 octobre 09